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COLOMBIE : En ce 50eme anniversaire de la Déclaration Universelle des droits Humains, les constats sont douloureux
Montréal, décembre 1998
Nous, membres de la Coalition pour les droits humains en Colombie, croyons qu'il existe une situation de violence structurelle et institutionnalisée, qui ne date pas d'hier. En effet, l'origine de cette violence remonte au génocide de ses premières habitants par les conquérants espagnols. Également, les premières graves violations de droits humains remontent à la même époque avec le commerce inhumain d'esclaves noirs arrachés à l'Afrique. Par la suite, les batailles menant à la déclaration de l'indépendance laissent-elles aussi un solde incalculable de pertes de vie.
Récapitulation
L'histoire de la Colombie est une succession d'événements sanglants et traumatisants pour son peuple, qui aujourd'hui compte près de 40 millions d'habitants. La dernière moitié de ce siècle est un exemple clair : suite à l'assassinat du dirigeant politique Jorge Eliecer Gaitan, le 10 avril 1948, libéraux et conservateurs se livrent pendant dix ans une guerre atroce. À elle seule, cette guerre fait plus de 300.000 morts."
Il est paradoxal que la Déclaration universelle des droits de l'homme est proclamée en 1948, au moment même où, en Colombie, commence la période connue sous le nom de la "Violencia" (1948-57). Elle a pour origine une guerre pour le contrôle de la terre, les propriétaires fonciers étant ceux qui contrôlent également les partis traditionnels.
On aurait pu croire que la Colombie, en signant la Déclaration universelle des droits de l'homme, réussirait à se sortir de la situation de violence dans laquelle elle était déjà plongée. Mais l'histoire et la réalité nous démontrent le contraire : la violence s'est étendue à travers le pays et s'est accrue à travers les années. Parallèlement, elle prend des formes et des expressions de plus en plus sophistiquées. Officiellement, la "Violence" s'achève avec la signature de l'accord du "Front national". Libéraux et conservateurs, par le biais d'accords constitutionnels, partagent et dirigent les affaires de l'État tout en excluant la participation de toute autre force politique.
Le bipartisme ne fait cependant pas l'affaire des milliers de paysans qui réclament une véritable réforme agraire, seul outil qui pourrait leur offrir les garanties nécessaires à leur survie et à leur développement. Face au mécontentement des paysans et en raison de l'exclusion des forces politiques populaires de toute participation à la vie sociale et politique de la Nation, naissent alors des groupes de guérilla comme seule voix et seule alternative possible d’opposition politique.
Durant la décennie 60-70, l'État répond aux pressions des paysans et des forces populaires par une politique répressive sans précédents : le bombardement des enclaves où se trouvaient les groupes d'autodéfense paysans avait commencé. Car l'État colombien ne permettait pas la présence de "républiques indépendantes" sur son territoire. Après ces bombardements, le gouvernement a poursuivi sa stratégie d'anéantissement des groupes d'autodéfense paysanne : il a commencé à armer des civils
pour les combattre, et aujourd'hui plus de 300 groupes paramilitaires sèment la mort dans l'ensemble du territoire colombien avec l'appui de l'armée et de l'État.
Mais après cette lutte, à partir de 1964, les groupes d'autodéfense paysannes, dirigées par Manuel Marulanda Velez, deviendront les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie - Armée du Peuple (FARC-EP). Suivra la naissance d'autres forces belligérantes comme l'Armée de Libération National (ELN) en 1965, l'Armée Populaire de Libération (EPL) en 1967 et le Mouvement 19 d'avril (M-19) en 1974, entre autres.
Sous le gouvernement du président Turbay Ayala (1978-1982), l'Etat institutionnalise la torture comme méthode d'interrogation, les exécutions extrajudiciaires, la détention et la disparition forcée d'opposants politiques, ainsi que les massacres. Ces méthodes deviennent monnaie courante : elles constituent la pratique habituelle et la solution gouvernementale aux conflits que vit le pays.
Au cours des dix dernières années, l'État colombien met en oeuvre une stratégie de guerre intégrale, commencée par le exprésident César Gaviria, pour mettre fin au mouvement populaire. Dans le même sens, l'appui des États-Unis et sa lutte contre les narcotraficants servent de prétexte pour mener la lutte contre l'insurrection et l'opposition au gouvernement. Malgré tous ses moyens pour combattre les mouvements populaires, la guérilla exerce son influence sur 60% du territoire national.
Bilan
Il est impossible de résumer l'histoire de la Colombie en quelques pages. Cette brève récapitulation nous permet de retracer les origines et le développement du terrorisme d'État dans ce coin du globe.
En ce 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme les constats sont douloureux. L'État colombien essaie de tromper le monde entier en voulant lui faire croire qu'il est un État démocratique dont ses dirigeants sont élus par suffrage universel. Cela est faux pour plusieurs raisons. Comment peut-on parler de démocratie lorsque : Seulement 30% des Colombiens ayant le droit de vote vont aux urnes et que le choix électoral se limite aux deux partis traditionnels, presque semblables.
En Colombie, la volonté de la majorité n'a jamais été respectée. Soi, que leurs candidats ont été assassinés, soit que les élections ont été truqués. Voici quelques exemples :
1. En 1948, Jorge Eliecer Gaitan, candidat non officialisée pour le parti libéral, a été assassiné.
2. En 1970, Gustavo Rojas Pinilla (ancien dictateur) candidat de l'Alliance Nationale Populaire remporte les élections, mais, au moyen d'une fraude électorale, c'est Misael Pastrana Borrero (père de l'actuel Président Andrés Pastrana Arango) qui va gouverner pendant toute la durée de ce mandat.
3. En 1986, Jaime Pardo Leal, candidat de l'Union patriotique, obtient le pourcentage de votes le plus élevé que jamais aucun candidat autre qu'un libéral ou un conservateur, ait obtenu. Il a été assassiné le 12 octobre 1987.
4. De 1989 à 1990, trois candidats présidentiels également assassinés :
Luis Carlos Galan Sarmiento, qui incarne un courant réformiste et démocrate du parti Libéral.
Carlos Pizarro León Gómez, membre du Mouvement M-19, qui, après des négociations avec le gouvernement du président Virgilo Barco Vargas, dépose les armes et se constitue en parti politique (Alliance démocratique M-19).
Bernardo Jaramillo Ossa, successeur de Jaime Pardo Leal à la tête de l'Union Patriotique.
Nous pouvons aussi mentionner, entre autres éliminations de dirigeants importants des parties traditionnels, l'assassinat récent d'Alvaro Gómez Hurtado, qui avait refusé participer au coup d'Etat d'extrême-droite préparé par les militaires contre le président Samper.
À la veille de cet 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, à ce sombre tableau d'apparente démocratie en Colombie nous nous devons de rappeler, au monde entier, les crimes de lèse-humanité perpétrés contre les meilleurs représentants du mouvement populaire, les défenseurs des droits de la personne, les voix qui s'opposent à la guerre contre le peuple que mène l'État colombien.
Le peuple colombien ne peut pas avoir le coeur à la fête. Il ne peut oublier :
· Le génocide de nos premiers habitants.
· Le génocide, l'atteinte à la liberté et les mauvais traitements
infligés aux Africains illégalement amenés par tout le contiennent américain.
· Les 300 000 morts de la "Violence" (1948-57).
· L'exécution extrajudiciaire de plus d'un million de personnes.
· La disparition de près de 3 000 personnes.
· Les milliers de personnes torturées.
· L'assassinat de plus de 4 000 membres de l'Union Patriotique (de 1985
à aujourd'hui).
· Les innombrables massacres (185 massacres, seulement en 1997).
· Les détentions arbitraires (40 en 1997).
· Les menaces de mort (300 en 1997).
· L'assassinat d'environ un journaliste par mois au cours des vingt
dernières années.
· L'assassinat de milliers de syndicalistes (le pourcentage le plus
élevé au monde).
· Les centaines de dirigeants de droits de l'homme, froidement abattus.
· Les deux millions et demi de déplacés seulement au cours des 4 dernières années.
· L'extermination des membres d'autres forces de gauche comme : le M-19, A Luchar, le Front Populaire, le Quintin Lame, le Parti révolutionnaire des travailleurs, le Parti communiste, entre autres.
100% de tous ces crimes restent impunis.
Il est jusqu'à aujourd'hui impossible d'évaluer les pertes humaines de tous ces groupes ensemble.
Perspectives
Au cours de cette célébration, les pays occidentaux peuvent se réjouir des progrès accomplis en matière de droits de l'homme. Car il faut reconnaître que malgré les importants reculs que les politiques néolibérales leur ont imposé en matière de droits civiques et sociaux , les pays occidentaux jouissent du respect du droit inaliénable à la vie.
Au début de ce mois de décembre 1998, des représentants des États et des forces armées des États-Unis et des pays latino-américains se sont réunis pour préparer le terrain de la guerre, comptant ainsi décider du sort de l'Amérique latine. Le thème de leur sommet était significatif : il s'agissait de définir une nouvelle doctrine de la sécurité nationale, applicable dans tout le continent, pour combattre le terrorisme, c'est-à-dire en fait la résistance des peuples.
L'un des grands personnages présents à ce sommet n'était nul autre que l'ex-président colombien César Gaviria, aujourd'hui secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA). Avec l'éloquence qui caractérise les Colombiens, César Gaviria, dans son discours inaugural pour le sommet, illustrait le terrorisme à combattre en évoquant la prise de l'ambassade du Japon à Lima. Il est évident qu'en parlant de lutte, il ne pensait ni à Lima ni au mouvement Tupac Amaru, mais à son pays où, depuis près d'un demi siècle, l'armée colombienne essaie sans succès d’éliminer la résistance armée. Ce Plan Condor est un nouveau plan de violation des droits humains en Colombie et en Amérique latine.
Ce document a été produit collectivement par :
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