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Au Caguán commence la rencontre du siècle pour les Colombiens(Réflexions de Germán Silva S., journaliste colombien)
Rien ici n'a jamais égalé cette cérémonie par son originalité, le nombre et la diversité du public, la région et le climat, les thèmes, les langues et les endroits d'où viennent les personnes qui se serreront les mains : guérilléros impéccablement camoufflés et membres de l'escorte de sécurité du gouvernement, parlementaires et ambassadeurs d'Amérique centrale, journalistes et observateurs japonais et européens. Ce sera un évènement unique, au cours duquel chaque Colombien se sentira, lui aussi, représenté, par l'un ou l'autre des différents groupes, institutions, organisations, partis ou gouvernements. DURS COMME L'ACIER, LES PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT! Le président Pastrana a mis du temps pour choisir une équipe d'élite, capable de présenter et de défendre les positions en faveur du statu quo, mises de l'avant par l'Establishment, et arborant la marque du capitalisme sauvage, en ce premier démarrage, face à une guérilla qui propose des changements structurels en vue de la paix. Fabio Valencia Cossio, coordinateur de cette équipe et actuel président du Sénat, est non seulement un fidèle représentant du capital industriel : il est avant tout un politicien retors, représentant des grands propriétaires fonciers (latifundistas) et de la bourgeoisie "paisa" (des départements d'Antioquia et de l'ancien Caldas) la plus droitière. Il est suivi de l'habile María Emma Mejía, qui a, elle aussi, fait ses premiers pas politiques en terre d'Antioquia, et qui, en tant que chancelière durant les quatre funestes années de présidence de Samper, a appuyé l'escalade militariste et aventuriste, essayant de soumettre la guérilla et d'institutionnaliser les groupes «Convivir», en fait des paramilitaires, pour ensuite proposer ouvertement la reconnaissance politique des paramilitaires. Mais Pastrana, lors de la campagne électorale, a désarçonné Horacio Serpa, candidat rival et cerveau de l'opposition libérale, qui caressait le projet de se promener dans les hautes sphères du pouvoir. Le troisième jockey est Nicanor Restrepo Santamaría, un des grands personnages ("cacaos"), leader du groupe d'Antioquia, qui se place parmi les cinq plus grands groupes économiques du pays. Il a été administrateur des bons et de l'impôt de guerre afin d'accroître le budget militaire au cours des trois derniers gouverments, et a été un chaud partisan de la guerre sans quartier contre les travailleurs et les forces insurrectionnelles. Mais l'aggravation du conflit a parfois conduit Nicanor Restrepo à présenter quelques propositions sensées quant à la paix. Et pour compléter le quatuor, Rodolfo Espinosa Meola, gouverneur du département d'Atlántico, apparemment inconnu des sphères politiques nationales, mais représentant d'un secteur de grands propriétaires fonciers de la Côte, enraciné parmi les latifundistas, les éleveurs et la bourgeoisie montante. PÉLERINAGE VERS LE CAGÚAN En aditionnant toutes les confirmations reçues jusqu'à présent, on peut prévoir que les invités des parties, les personnes venues d'elles-mêmes et les journalistes du monde entier atteindront un millier de spectateurs, parmi lesquels 500 représenteront les médias. Mais, bien que la liste des présents ne comprenne pas les voisins des 5 municipalités des zones démilitarisées, nombre de ces dernier, portant leurs poules, leurs régimes de plantains et leur manioc sur l'épaule, venus en pirogue ou à dos d'âne, s'installeront dans les étroites ruelles de San Vicente, et seront peut-être témoins de la naissance d'un nouvel espoir. Et là, au milieu de cette bruyante multitude, dans le brouhaha mêlé au rythme des pas des escadrons de guérilla, se retrouveront des délégués de 50 gouvernements et parlements, des États-Unis à l'Italie, des corps diplomatiques accrédités en Colombie, des commissions et des organismes de paix, entre autres. Seront aussi présents des représentants du Parti libéral, du Parti communiste et du Parti conservateur, de groupes et de mouvements politiques, le maire et «personero» (représentant non-élu) des cinq municipalités, les gouverneurs des départements de Meta, Caquetá, Guaviare et de Valle del Cauca, des délégués des centrales ouvrières, des organisations paysannes, des coopératives, des organisations d'enseignants, des universités, ainsi que des juristes, des représentants l'Église et des organisations de défense des droits de la personne, de la Croix rouge, d'Amnistie internationale, à côté de ceux qui feront leurs débuts au sein de la nouvelle «Garde civique», créée dans les cinq municipalités en vertu d'un accord établi entre les maires et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). LES MÉDIAS À San Vicente, environ 200 journalistes des cinq continents se sont joints à 300 autres venus de Bogotá et des capitales de départaments, se bousculant et s'installant n'importe comment, disputant le moindre espace, les balcons, les colines environnantes, et même les pierres et branches des arbres. Nombre d'entre eux ont dû s'installer dans destentes de camping ou militaires à l'extérieur de la petite ville de San Vicente, aidés par les guérilléros, habiles dans ces tâches. Le réseau «Radio Cadena Nacional de Colombia» (RCN) et ses 150 postes affiliés, et le réseau «Caracol» et ses 127 postes ont, l'une et l'autre, installé leur station émettrice à San Vicente pour diffuser en direct, au monde entier, cet évènement, et les grands monstres de l'information et de l'image, la CNN et la BBC à leur tête, transmettront en direct aux quatre coins de la planète, en espagnol, langue que la paix commence à parler. Les associations de Colombiens et de Latinoaméricains de l'extérieur ont organisé des rencontres et des réunions pour écouter par Internet, regarder l'émission, discuter et enregistrer les propositions des partis. Certains resteront rivés toute la journée, devant leurs
téléviseurs ou leurs écrans géants pour voir
de leurs propres yeux et enregistrer sur bande vidéo le document
historique qu'ils pourront intituler «Le 7ème jour du 1er
mois de la dernière année du XXème siècle».
Car ce jour sera peut être celui du début du chemin par lequel
le peuple colombien fera irruption pour conquérir la paix dans la
justice sociale, par la reconciliation des Colombiens, qui réclament
un changement vers la démocratie et la liberté, et en bâtissant
un nouvel État, qui, à l'aube du troisième millénaire,
puisse engendrer la Nouvelle Colombie.
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