Un malaise au sein des Forces Armés colombiennes

«Ce concours de circonstances» fait frémir plus d’un, car on devine sans équivoque, la complicité et la cohabitation des groupes paramilitaires et des Forces armés en Colombie.

Yvonne-América Truque

Au mois de mai 99, et à quelques jours de son voyage au Canada, le gouvernement d’Andrés Pastrana dût faire face à une crise majeure au sein de ses forces armées, conséquence entre autres, de la démission de son ministre de la Défense Rodrigo Lloreda.

Avec l’appui des certains secteurs de la droite du partie républicain des États Unies, le ministre, ainsi que les hauts commandants démissionnaires, reprochaient au président de mal mener les dialogues avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armé du peuple, connues comme les FARC-EP. Ils lui reprochaient aussi, d’accorder un délai déraisonnable au maintien de la zone de distension pour les dialogues. Il s’agit d’une zone qui comprend 5 petites municipalités que jusqu’alors le gouvernement avait toujours négligée. Mais surtout, ils lui reprochaient de ne pas leur accorder une place et un rôle de premier plan dans l’agenda et à la table de négociation.

Parmi les 36 généraux des Forces Armés, 17 se sont portés «solidaires» de leur ministre. Également, 3 commandants de Division, 8 de Brigade, 4 autres affectés aux bureaux et deux en poste diplomatique à l’étranger, et quelques deux cent sous-officiers ont envoyé en bloque leurs démissions.

Paradoxalement, cette crise, une première dans l’histoire du pays, coïncide avec l’enlèvement de la parlementaire d’allégeance libérale, Piedad Córdoba, perpétré par les paramilitaires pour faire connaître les exigences de leur chef, Carlos castano Gil à propos du processus de paix duquel il se dit exclut et réclame qu’on le reconnaisse comme une force belligérante. En plus, ses propos coïncident avec la vision des Forces Armés concernant la zone de distension et réclame la fin immédiate du délai. «Ce concours de circonstances» fait frémir plus d’un, car on devine sans équivoque, la complicité et la cohabitation des groupes paramilitaires et des Forces armés en Colombie. Malgré tout, Pastrana accepta seulement la démission de Lloreda et a porte fermé, peu avant son départ vers le Canada il fait quelques concessions aux militaires, question de noyer la crise.

Mais il semble que la grande crise et la révolte de ces enfants gâtés par notre État nation, contre «un père» trop arrogant, souvent sourd et toujours excluant, ne fait pas un consensus au sein des Forces Armés. Encore moins, elle ne reflète pas la pensée de tous les officiers parmi les différentes branches de l’armée colombienne. Dans une lettre ouverte qui circulait amplement dans les quartiers, certains militaires se déclarent les «officiers des Forces Militaires pour la démocratie».

Le 5 juin dernier, Journal colombien VOZ, prit connaissance de cette lettre et publiait quelques extraits commentés. Voici une traduction résumé des principaux aspects qui ressortent de la publication du Journal VOZ. Selon le Journal, ces officiers appartiennent aux Forces Armées, à la Police Nationale, aux Forces de l’air et aux Forces navales.

Lettre ouverte «d’officier des forces militaires pour la démocratie» (extraits)

«Nous, Officiers des Forces Militaires pour la Démocratie, inspirés des idéaux Bolivariens* de former la Grande Patrie pour laquelle ont lutté nos précurseurs de la première indépendance, nous nous proposons aujourd’hui de continuer l’œuvre incomplète de la libération devant toute forme de dépendance extérieure et de domination interne(...) ».

«Les Forces Armés traversent une situation alarmante qui cause un malaise dans certains secteurs, bien définis, parmi les différentes branches des armes. Notre institution n’échappe pas à la crise qui vit tout le pays. La corruption, le narcotrafique, les violations des droits humains, voilà des réalités que l’on trouve dans nos rangs. Nous vivons sous une pression autoritaire qui nous empêche de prononcer le moindre avis sur les actes commis par nos supérieurs. Nous croyons qu’il à suffisamment des motifs pour traduire en justice ceux qui loin des grondements des batailles, mais qui depuis leurs luxueux bureaux jouent avec la vie des capitaines, lieutenants et des soldats qui combattons fort mais inutilement. À cause du manque de prévisions, de l’insensibilité et du manque de vision de nos stratèges, des centaines de soldats, de policiers, et d’officiers meurent ou se trouvent capturés par la guérilla : Quelle explication peut-il donner notre État Majeur Conjoint ? (...) ».

Le Journal Voz souligne, que contrairement aux généraux qui suite de leur démission se sont prononcé ouverte et agressivement contre le processus de paix, les «Officier pour la démocratie semblent favorables aux dialogues, au point de dire :

«Nous sommes absolument convaincus que si un seul jour, au lieu de nous combattre nous nous parlons, les révolutionnaires, les officiers et les soldats, nous débuterions et pour beaucoup d’années, une paix longue et sincère».

Enfin, dans leur malaise les officiers expriment le même désarroi et la même espoir que tout le peuple colombien : la nécessité d’une réforme politique en profondeur, accompagnée de changements économiques et sociaux. Ils critiquent la corruption, proposent des réformes au sein de leur institution et se montrent mécontents du traitement que leurs supérieurs ont accordé au dossier des soldats capturés au cours des combats avec la guérilla.

Le Journal conclut qu’il s’agit d’une lettre ouverte très sincère qui reflète bien le malaise de plusieurs officiers fatigués d’être les têtes de turque, les boucs-émissaires d’une guerre qu’ils savent perdue d’avance.

 

*Bolivariens se réfère aux idées du libérateur Simón Bolívar, qui déclaré l’indépendance de la Colombie en 1810.