DOUZE HEURES POUR LA COLOMBIE

Bruxelles, le 27 novembre 1999


 

 

 

Tribunal contre les crimes de l’imperialisme en Colombie

Des témoignages entendus par la commission, il ressort que

  1. La Colombie est un pays riche, notamment en matières premières, dont le pétrole et divers minéraux. Elle exporte du café, du riz et des bananes,  Pourtant presque la moitié de la population vit dans une pauvreté absolue, conséquence de la concentration des richesses dans les mains de quelques groupes nationaux et internationaux. 3% de la population rurale possède 70% de la terre cultivable, alors que 57% des paysans pauvres n’en possèdent que 3%. On observe le même type de concentration dans les secteurs industriel et financier: 0,07% des actionnaires détiennent 83% du capital alors que 99% ne détiennent que 3%.

  2. Formellement la Colombie est une démocratie: il y a un parlement, des partis politiques légaux, des élections libres et la séparation des pouvoirs. Mais derrière cette démocratie formelle se cache un régime de terreur. Le pays bat tous les records en nombre de meurtres et de disparitions. Chaque année plus de 30.000 personnes sont assassinées, tous les deux jours un responsable syndical est tué et toutes les deux heures a lieu un meurtre politique.. Le régime mène une sale guerre contre toute opposition: contre des organisations populaires, des syndicats, des commissions des droits de l’homme et même contre des députés. Cette guerre prend aussi la forme d’une épuration sociale et vise les prostituées, les voleurs, les homosexuels, les enfants de la rue et les mendiants.

  3. La répression est l’œuvre de l’armée et des groupes paramilitaires. Ces groupes paramilitaires sont financés par des grands propriétaires fonciers et par des groupes financiers et industriels, soutenus par les responsables politiques et couverts par l’appareil judiciaire. La plupart des crimes sont jugés par des tribunaux militaires qui se montrent particulièrement cléments. Plus de 97% des crimes restent impunis.

  4. La production des drogues est la conséquence des problèmes sociaux, politiques et économiques qui ne peuvent pas être résolus de manière militaire. Sont impliqués dans la production et le trafic des drogues aussi bien l’armée, que des groupes paramilitaires, l’élite économique et la classe politique. De nombreuses multinationales sont présentes dans la production et la transformation de la coca par la fourniture d’intrants chimiques. 95% des profits restent dans les banques des Etats-Unis et les Américains se montrent peu efficaces pour limiter l’usage des drogues dans leur propre pays. La soi-disant " guerre contre la drogue " est un prétexte pour saboter les négociations de paix et pour susciter une intervention militaire. Les armes sophistiquées employées dans cette guerre ne sont pas utilisées pour éradiquer la production de la drogue mais pour combattre la guérilla.

  5. L’inégalité sociale croissante, le manque de justice, les grandes limitations à la démocratie, le manque de souveraineté, la monopolisation et la privatisation du pouvoir d’Etat déterminent la situation politique et sociale de la Colombie. La guérilla défend son existence comme une réponse à cette situation. Elle déclare que son action armée n’est pas un but en soi, mais un moyen pour obtenir une vraie paix avec justice sociale. Dans ce but elle a pris l’initiative des dialogues et des négociations de paix. Le gouvernement colombien organise l’échec du dialogue, notamment en manipulant le désir de paix de la population, pour discréditer la guérilla.

  6. Les militaires des Etats-Unis participent non seulement à l’entraînement de l’armée et à l’espionnage, mais aussi aux actions tactiques et stratégiques contre l’ELN et les FARC. Plusieurs centaines de spécialistes américains de la contre-insurrection y sont impliqués. L’augmentation énorme de l’aide militaire et l’implication directe croissante des Etats-Unis annoncent l’intervention massive future.


Au vu de ces faits et constatations, la commission

  1. S’oppose à toute invasion du territoire colombien par des forces étrangères quelles qu’elles soient, qui ne fera qu’accroître les souffrances de la population.
  2. apporte son soutien aux négociations de paix pour la justice sociale et l’indépendance nationale. Toute intervention ne peut qu’éloigner la paix et risque d’embraser toute la région.
  3. exige des réformes sociales, politiques, économiques, juridiques et militaires fondamentales, sans lesquelles il n’y a pas de sortie de la crise actuelle.
  • Nous exigeons la fin de la répression et la reconnaissance des organisations civiles.
  • Sans une réforme agraire les problèmes de la drogue ne peuvent pas être résolus.
  • Il faut une réforme économique, une redistribution de la richesse et la justice sociale.
  • Nous exigeons la suppression des groupes paramilitaires.
  • Il faut mettre en pratique la réforme du code militaire pénal déjà votée par le Congrès colombien et juger les crimes de guerre.
  1. demande au gouvernement belge de prendre position contre toute intervention militaire étrangère sur le sol de la Colombie et de soutenir les accords signés entre le gouvernement colombien et la guérilla en 1999.

  2. demande aux organisations syndicales nationales et internationales de prendre des initiatives pour protéger les syndicalistes colombiens.

Commission des sages:

Martine Dardenne

Sénateur Ecolo (Belgique).

Jean-Marie Dermagne

Avocat et maître des conférences à l’Université Catolique de Louvain

Guido De Schrijver

Coordinateur du Réseau européen des comités Oscar Romero

Pol De Vos

Président de la Ligue Anti-Impérialiste

Jean-Philippe Peemans

Professeur, à l’Université Catolique de Louvain

Jean Pestieau

Professeur  à l’Université Catolique de Louvain

Marc Vandepitte

Philosophe et écriviain