Les États Unis ont préparé la guerre du sud

Les principales étapes de l'intervention en Colombie

Adaptation française d’une chronique de Germán Silva, journaliste colombien.
 
 

Devant l’impitoyable pression des congressistes républicains qui réclament sa destitution pour parjure et entrave à la justice, le président américain William F. Clinton et son gouvernement, ont trouvé dans les pays " amis ", de " nouveaux ennemis à abattre ". Ils leur livreront donc, leur aide " généreuse ", constituée d’une machine de guerre sophistiquée et accompagnée de leurs conseillers ainsi que de leurs " Forces d’intervention Rapide et Efficace ".

Sa politique de réduction des dépenses militaires, maintes fois réclamée lors de son entrée en fonction en 1993, a amené M. Clinton à réduire les dépenses militaires de 403 milliards, à 258 milliards de dollars par an. Mais cette politique a changé du jour au lendemain, pour se transformer en une course aux armements brutale et agressive, pour laquelle 100 milliards de dollars ont été alloués. Aujourd’hui, le budget technique, le budget d'exploration et celui de professionnalisation des nouvelles forces, totalise la scandaleuse somme de 460 milliards de dollars.

La guerre du sud de la Colombie

La nation américaine sera dans l'obligation de remettre, le dernier jour de ce siècle, ses bases militaires installées au Panama. Or, le Pentagone cherche désespérément une nouvelle place où il pourra entraîner ses mercenaires, ses comandants déployés partout en Amérique, mais aussi un lieu pour préparer ses nouvelles invasions qui visent à " contrôler " toute situation qui ne cadre pas avec " le nouvel ordre mondial " partout dans le monde. Puisque la proposition d’aménager les bases en Argentine, ou dans d’autres pays du sud avec le prétexte d’une " Base continentale de lutte aux stupéfiants ", n’a pas eu d’effet, le pentagone a concocté de nouvelles propositions. Durant les rencontres sectorielles et durant le sommet des ministres et haut gradés militaires, les États-Unis ont ciblé, après le trafic de stupéfiants, un nouveau danger capable de sensibiliser les gouvernements continentaux et pouvant aider à les faire adopter une nouvelle stratégie continentale : la lutte contre le Terrorisme. L’hameçon qui a fait mordre les poissons fut les nouveaux crédits du FMI (Fonds monétaire international) proposés en tant qu'aide servant au budget de modernisation des forces armés latino-américaines, déjà assez discrédités par des violations des Droits humains, mais aussi par leur corruption.

Un des chevaux de bataille du gouvernement américain est le conflit interne en Colombie qui s’est aggravé durant les 4 dernières années du gouvernement Samper avec, en plus, la démoralisation d’une armée fortement ébranlée par les victoires de la guérilla. Cette dernière, en est sortie fortifiée par l’injustice et la crise des institutions du pays. L’armée colombienne se signale et est dénoncée par des violations des droits humains. Pourtant, le premier novembre dernier à Cartagena, on signe un accord qui tient compte de la situation politique et sociale du pays, ainsi que des avancées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants et de la lutte contre la subversion en Colombie. Les principaux signataires sont : le ministre de la défense colombien, Rodrigo Lloreda. Le secrétaire américain de la défense, William Cohen, et le général en chef du Commando sud, Charles Wilhelm. L’accord, qui devrait être approuvé par le Département d’État américain suite à l’approbation du Congrès, s’est basé sur le dernier rapport du général Wilhelm, à la suite de ses six dernières inspections effectués en Colombie pendant les deux dernières années.
 
 

Dans le rapport soumis au Congrès par le chef du Commando Sud de l’armée, on peut lire : " La situation colombienne est arrivée à un point où c'est l'anarchie, c'est presque ingouvernable. Les militaires colombiens n’ont pas l’éthique ni la crédibilité nécessaires pour agir militairement face aux problèmes nationaux d'ordre public et de rébellion, et fréquemment, ils doivent affronter des problèmes disciplinaires dans leurs rangs. L'examen de leur situation démontre que les forces armées n’ont pas les capacités logistiques pour localiser l’ennemi. Dû à leur manque de capacité de mobilisation et d’équipements " de surveillance électronique ", elles ne sont pas en mesure de prévoir les affrontements, ni de prévenir la présence et la mobilisation des troupes de guérilla. Ceci, particulièrement dans le sud du pays et dans la jungle orientale, régions où la guérilla

participe d’une manière ou d’une autre, à la production de drogues illégales selon le même rapport de Wilhelm... chef du commando sud. Or, il existe des preuves de collaboration entre militaires et groupes paramilitaires dans la réalisation du trafic de stupéfiants. Toujours selon le rapport, les militaires et les groupes paramilitaires travaillent étroitement à l'exportation de stupéfiants. Ces transactions se font avec l’aide de secteurs politiques corrompus, mêlés au narcotrafic. Dans certaines unités, les conflits internes, la démoralisation et les problèmes disciplinaires sont fréquents.

Par l’entremise de Rodrigo Lloreda, le Département d’État américain a annoncé au président colombien Andrés Pastrana, que l’accord est un fait et que l’aide devrait commencer à arriver avant la date prévue.

Mais, parallèlement à l’accord avec la Colombie, une nouvelle stratégie se dessinait. Mis à part les sommets, les militaires américains avaient réussi à convaincre (moyennant une forte contribution monétaire) les gouvernements de l’Équateur et du Pérou, d’installer une base militaire avec deux brigades mobiles pour patrouiller les frontières des deux pays limitrophes aux régions du Putumayo, du Caquetá, et de l’Amazonie, dans le sud colombien. La base, vient renforcer et compléter le triangle des Forces Spéciales de lutte contre la subversion du sud de la Colombie. Rappelons que le haut commandement militaire colombien, tentait de l’implanter depuis les deux dernières années.

Le déploiement pour l’intervention commence

Au mois d’avril 1997, le Congrès américain n’accepte pas la proposition du sénateur de droite, Jesse Helms, d’envoyer des bombardiers et de l’équipement électronique aux militaires colombiens. Au contraire, le Congrès interdit toute aide y compris l’aide humanitaire aux forces militaires qui violent les droits humains. Dans le plus grand secret, le Commando Sud de Panama autorise le déplacement d’unités spécialisées " de lutte aux stupéfiants " vers les frontières communes de la Colombie avec le Pérou et l’Équateur. Au même moment, les dirigeants militaires colombiens en collaboration avec la DEA, la CIA et le Pentagone ont débuté cette année le déploiement opérationnel d’une Brigade Spéciale qui transformait le terrifiant Commando unifié du Sud, basé à Puerto Leguízamo en unité spécialisée, car il semble que ce commando là n'est pas

corrompu et qu'il ne viole pas les droits humains. Ce n’est pas un hasard si cette nouvelle brigade s’installe dans la région du Putumayo, là, où trois horribles massacres perpétrées par les paramilitaires ont eu lieu, et pour lesquels plusieurs militaires sont, à présent, sous enquête.

Faut-il penser, que les américains ne savent pas, que les Unités de ce Commando sont impliqués dans des pratiques, telles, les détentions massives et la torture des centaines de paysans de ces territoires ? Devons-nous penser, qu’ils ne savent pas que plusieurs de ces Unités sont à présent sous enquête pour avoir aidé et fermé les yeux devant les massacres perpétrés par des paramilitaires dans les régions du Caqueta, Putumayo et le sud du Meta et du Guaviare ? Encore, faut-il penser que les américains ne savent pas, que plusieurs sous officiers adjoints de ce Commando ont été renvoyés ou sont sous enquête pour avoir servi et favorisé les caïds de la drogue ? Sans oublier qu’Amnistie Internationale dénonçait en octobre dernier, " la coïncidence de l’activité paramilitaire et militaire, avec la persistance de graves violations aux droits humains dans la région du Putumayo".

D’autre part, le Département d’état américain, annonçait au ministre colombien, Rodrigo Lloreda, qu’il n’aura pas d’argent, mais que l’aide viendra sous forme d’équipements, d’armes, d’avions, de conseillers, de bâtiments et de radars. Donc, aux 370 conseillers militaires américains déjà sur place, s’ajouteront beaucoup d’autres gradés " spéciaux " qui, avec 200 experts, aussi américains, participeront à l’installation, à l’entraînement et à la vérification de l’efficacité du déplacement de ces troupes Commando. Tout ça, sous les ordres de la Nouvelle Brigade pour la guerre du sud de la Colombie, qui vise à combattre les paysans et la guérilla des FARC-EP, mais qui, en même temps, veut reprendre le contrôle de la zone tampon où les dialogues de paix ont débuté. Tandis que le Département d’état américain " dit appuyer " le processus de paix et a tenu une rencontre au Costa Rica avec les représentants des FARC-EP dans le but de trouver un accord, le même Département développe sa stratégie d’intervention militaire en Colombie.

Selon certains journaux de Washington, " pour cette opération, formellement appelée lutte aux stupéfiants ", il y aura utilisation d'avions espions et de systèmes de télédétection photo satellite dans la jungle orinoquienne et amazonienne. En même temps, ils obtiendront des images infrarouges qui permettront la localisation immédiate des concentrations humaines de combattants des FARC dans la jungle. Avec l’aide de moniteurs, les communications seront non seulement interceptées, mais localisées. Cette opération implique une consolidation des positions militaires au plus profond de la jungle ainsi que le maintien et le contrôle militaire de l’activité humaine qui transite par les fleuves du sud, actuellement sous le contrôle des FARC.

L’opération prévue, en est une d’anéantissement par voie aérienne avec les avions OV-10 Bronco, et les hélicoptères Blackhawk. Cette opération sera complétée par une intervention planifiée, où, les voies d'accès terrestres ou par les fleuves seront bloquées. Entre temps, on prendra soin de contenir la population civile et de l’éloigner des foyers de résistance.

. Le Commando sud est un commando d'élite américain de lutte antinarcotiques, basé au Panama et dont le chef est Wilhelm, le même qui élabore le rapport.
Adaptation française : Yvonne-América Truque
Coalition pour les droits humains en Colombie-groupe de Montréal-